Je suis le général de division Stéphane CANITROT. Je suis rentré à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr comme élève officier en 1988 et depuis 38 ans j’ai alterné des postes en unités opérationnelles, en état-major et dans le domaine de la formation. J’ai acquis au cours des années une expertise dans la logistique opérationnelle, dans les différents postes que j’ai occupés, en métropole ou au cours de mes déploiements en opération extérieure. Au cours de mes différentes affectations j’ai également été largement sensibilisé à la thématique des drones.
Depuis l’été 2023, j’occupe les fonctions de général adjoint engagements à l’officier général de zone de défense et de sécurité Sud-Ouest et commandant la Zone-Terre Sud-Ouest, dont le périmètre géographique recouvre parfaitement celui de la région Nouvelle Aquitaine. Dans le cadre de mes fonctions, qui comprennent en particulier la conduite de l’opération Sentinelle et la protection des emprises militaires, je conserve en permanence un regard particulier sur l’emploi des drones et la lutte anti-drones.
C’est donc tout naturellement que j’avais réalisé en l’absence du GCAA GROËN l’ouverture du salon UAV SHOW 2025. C’est également dans ce cadre que j’ai co-organisé le 20 mars 2026, avec la région Nouvelle Aquitaine, une rencontre tripartite sur les drones entre les armées, la région et les industriels afin de faciliter la rencontre de l’offre et de la demande et de faire évoluer un cadre normatif très contraint
Tous les conflits impliquent aujourd’hui des drones : c’est une rupture profonde de la façon de faire la guerre. Pas un conflit ne peut être gagné sans les drones.
Les drones sont omniprésents. Ils permettent de frapper à distance, brouiller, surveiller, saturer. Ils servent également de relais radio pour les plus évolués d’entre eux. Dans le ciel, sur la terre, sur et sous les mers : ils sont partout.
Ils ont un impact psychologique fort sur les armées comme sur les populations. Ils font également peser une pression économique sur l’adversaire grâce à un rapport coût/efficacité très favorable.
Les drones, sous leurs différentes formes et avec leurs différentes capacités et destinations, sont aujourd’hui des compléments indispensables aux moyens des armées, que ce soit dans le cadre des missions intérieures ou des opérations extérieures.
L’utilisation généralisée des drones sur les théâtres de conflictualité exige le pilotage de programmes d’armement en cycles courts, agiles et à bas coûts, faisant pleinement usage de capacités dérivées des usages civils, au profit de nos armées.
Les drones viennent compléter des programmes de plus long termes visant à droniser des composantes entières et de transformer les armées, sans lien avec le contexte opérationnel immédiat.
La dronisation des conflits implique d’aller beaucoup plus vite et plus fort dans ce domaine, pour équiper nos forces, se protéger de la menace drone, et disposer d’une industrie de défense à la pointe dans ce domaine.
En réponse à l’évolution du contexte stratégique, la priorité accordée au segment drones par le projet de loi d’actualisation de la LPM poursuit un triple objectif : engager la dronisation rapide des forces, nous protéger face à la menace drone, renforcer nos capacités de production de drones.
L’effort est significatif :
+ 2 Md€ supplémentaires sur 2026-2030, soit un total de 8,4 Md€ pour les drones sur 2024-2030, et
+ 1,6 Md€ supplémentaire sur 2026-2030, soit un total de 6,9 Md€ sur 2024-2030 pour la défense aérienne et la lutte antidrones.
Le contexte stratégique et l’évolution des modes de conflictualité requièrent un équilibre entre armements de décision de très haute technologie, indispensables pour vaincre, et capacités d’usure et de saturation (drones et robots dans tous les milieux, munitions télé-opérées) en grande quantité, produites rapidement et à faible coût.
Le salon UAV Show est le salon européen de référence pour la filière drone. L’édition 2025 a en effet réuni plus de 4000 professionnels, avec une croissance de 50% par rapport à l’édition précédente, et plus de 100 exposants. Parmi ces derniers près de 75% collaborent avec le ministère des Armées et des Anciens combattants ou des partenaires industriels de la Défense. Il est donc naturel pour les armées de participer à ce salon. Ce salon se déroulant à Bordeaux, la présence des armées en Nouvelle-Aquitaine était une évidence.
Se préparer, anticiper, c’est l’ADN de nos armées. Les programmes que nous lançons, les actions que nous initions aujourd’hui seront structurantes à court, moyen et long termes.
Les modes d’action hybrides et la guerre asymétrique devraient demeurer structurants à l’avenir et nous le prenons en compte dans nos travaux.